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La perte de repères : comprendre et accompagner

Dans la vie d’une organisation, la perte de repères au travail arrive plus souvent qu’on ne le pense.

  • Un manager qui part.
  • Une réorganisation qui change les périmètres.
  • Une fusion qui brouille les lignes.
  • Un déménagement.
  • Une nouvelle direction.
  • Un changement de cap stratégique.

Ces événements ont un point commun : ils font disparaître des repères que les collaborateurs avaient construits, souvent sans même s’en rendre compte. Des repères sur leur rôle, leur place, leur valeur dans le collectif, sur ce qui est attendu d’eux et sur ce qui va se passer ensuite.

Or, quand ces repères s’effacent, les personnes ne restent pas immobiles. Elles réagissent, s’adaptent. Elles cherchent de nouvelles balises, parfois de façon constructive, parfois de façon qui crée davantage de désordre.

Comprendre ce processus, c’est déjà commencer à l’accompagner.

Ce que la perte de repères produit vraiment

La perte de repères au travail n’est pas seulement un inconfort passager.

Elle agit en profondeur sur plusieurs dimensions simultanément.

Sur la sécurité psychologique.

Quand les repères disparaissent, le sentiment de sécurité s’effrite. Les collaborateurs ne savent plus sur quoi s’appuyer. Ils anticipent le pire, même quand le pire n’est pas au programme. Et cette anxiété diffuse consomme une énergie considérable au détriment du travail, de la qualité des relations et de l’engagement.

La confiance en prend aussi un coup.

La perte de repères fragilise la confiance envers l’organisation, envers le management, parfois envers les collègues.

  • « Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus ? »
  • « Qu’est-ce qui va encore changer ? »

Ces questions, même non posées à voix haute, circulent dans les équipes et créent une atmosphère de méfiance latente.

L’identité professionnelle, enfin, vacille.

Pour beaucoup de collaborateurs, leur rôle dans l’organisation fait partie de leur identité. Quand ce rôle change ou disparaît, c’est une partie d’eux-mêmes qui se trouve remise en question. Cette dimension est souvent sous-estimée par les managers pourtant, elle explique bien des réactions qui semblent disproportionnées.

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Face à la perte de repères au travail, les collaborateurs ne réagissent pas tous de la même façon. Pourtant, certaines réactions reviennent régulièrement.

Le retrait.

Certains collaborateurs se font discrets. Ils font leur travail, sans initiative, sans prise de risque. En surface, rien d’alarmant.

En réalité, c’est souvent le signe d’une personne qui attend de comprendre avant de s’engager à nouveau, une forme de protection face à l’incertitude.

L’agitation.

À l’opposé, d’autres multiplient les questions, les réunions, les échanges informels. Ils cherchent de l’information, des confirmations, des rassurances.

Ce comportement peut être perçu comme de l’agitation inutile. C’est pourtant une façon active de reconstruire des repères.

La résistance.

Certains s’opposent aux changements, parfois avec véhémence. Or, cette résistance n’est presque jamais un refus du changement en lui-même.

C’est souvent le signal d’une perte de sens, d’un sentiment de ne pas avoir été consulté ou d’une peur non dite.

L’hyperactivité compensatrice.

D’autres encore se jettent dans le travail. Ils produisent davantage, prennent en charge ce que personne ne tient.

C’est une façon de reprendre le contrôle mais aussi un chemin vers l’épuisement si rien ne vient réguler cette dynamique.

Comprendre ces réactions comme des réponses intelligentes à une situation déstabilisante et non comme des dysfonctionnements ou des mauvaises volontés, change radicalement la posture managériale.

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Accompagner la perte de repères au travail ne se résume pas à « communiquer davantage ».

La communication est nécessaire mais elle ne suffit pas car ce n’est pas seulement l’information qui manque. C’est l’espace :

  • pour intégrer,
  • pour questionner,
  • pour exprimer ce qu’on ressent face au changement.

Un accompagnement juste repose sur quatre piliers.

La présence.

Dans les périodes de perte de repères, le management doit être visible. Pas pour tout contrôler mais pour que les collaborateurs sachent qu’ils ne traversent pas ça seuls. Une présence régulière, sincère, disponible aux questions comme aux silences.

La transparence.
  • Dire ce qu’on sait.
  • Dire ce qu’on ne sait pas encore.
  • Dire quand on saura.

L’incertitude est tolérable quand elle est nommée mais elle devient insupportable quand elle est ignorée ou minimisée.

L’espace de parole.

Créer des moments, individuels ou collectifs, où les collaborateurs peuvent exprimer ce qu’ils vivent. Pas pour se plaindre mais pour mettre des mots sur quelque chose qui, sans cela, reste en suspension et empêche d’avancer.

La reconstruction progressive des repères.

  • Clarifier ce qui change et ce qui ne change pas.
  • Reposer les rôles, les périmètres, les règles du jeu.
  • Donner de petites victoires rapides qui montrent que l’organisation avance et que chacun y a une place.

C’est ainsi que les équipes traversent les périodes de turbulence, non pas indemnes, mais plus solides qu’avant.

Le manager occupe une position particulière dans les périodes de perte de repères.

D’un côté, il est lui-même souvent en perte de repères.

  • Il reçoit les décisions d’en haut avant de les transmettre.
  • Il doit accompagner ses équipes tout en gérant ses propres incertitudes.

Cette position est exigeante et elle est rarement reconnue à sa juste mesure.

De l’autre, il est le premier point de contact de ses collaborateurs.

  • Ce qu’il dit,
  • comment il le dit,
  • ce qu’il ne dit pas.

Tout cela envoie des signaux forts sur la façon dont l’organisation traverse la période.

Ainsi, un manager qui reconnaît sa propre incertitude tout en maintenant une présence rassurante est bien plus efficace qu’un manager qui joue la carte de la certitude artificielle. Les collaborateurs perçoivent le décalage. Et un management qui semble déconnecté de la réalité vécue renforce la perte de confiance.

C’est pourquoi accompagner les managers est aussi, et peut-être d’abord, une responsabilité organisationnelle car on ne peut pas demander à quelqu’un d’accompagner les autres s’il n’est pas lui-même accompagné.

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La perte de repères au travail est inconfortable.

  • Elle déstabilise,
  • elle inquiète,
  • elle consomme de l’énergie.

Pourtant, elle porte aussi quelque chose de précieux : la possibilité de reconstruire sur des bases plus claires, plus justes, plus adaptées à la réalité actuelle de l’organisation.

Les équipes qui traversent une période de perte de repères et qui sont bien accompagnées en sortent souvent plus cohésives, plus conscientes de leurs modes de fonctionnement, plus capables de faire face aux prochains changements.

C’est pourquoi accompagner la perte de repères n’est pas une gestion de crise mais un investissement dans la résilience collective.

Et la résilience collective, ça se construit une conversation à la fois, un repère posé après l’autre.