Les restructurations ont un coût financier que les organisations mesurent avec précision.
- Les coûts de conseil.
- Les coûts de formation.
- Les indemnités.
- Les pertes de productivité à court terme.
Ces chiffres figurent dans les tableaux de bord, ils sont suivis, analysés et justifiés.
Pourtant, il existe un autre coût, bien plus difficile à chiffrer et bien plus rarement mesuré. Le coût humain d’une restructuration mal conduite et ce coût là, quand il n’est pas anticipé, finit toujours par se payer, d’une façon ou d’une autre.
Le coût de la confiance perdue
La confiance se construit lentement et elle se détruit en quelques jours.
Une restructuration mal annoncée, conduite sans transparence ni accompagnement, laisse des traces durables. Les collaborateurs qui ont survécu à la restructuration, ceux qui sont restés, ont observé comment l’organisation traite les personnes dans les moments difficiles et ce qu’ils ont observé conditionne profondément leur engagement futur.
« Si ça recommence, je partirai avant. » Cette pensée, jamais dite à voix haute, circule dans les équipes après chaque restructuration mal conduite. Elle ne se voit pas dans les indicateurs pourtant, elle ronge l’engagement lentement.
Le coût de l’épuisement des survivants
On parle souvent de ceux qui partent dans une restructuration mais rarement de ceux qui restent.
Or, ceux qui restent portent souvent bien plus qu’avant car ils absorbent les tâches de ceux qui sont partis, sans que leur charge soit officiellement reconnue ou compensée. Ils travaillent dans une organisation fragilisée, avec des collègues moins nombreux, des repères bousculés et une ambiance alourdie par les départs.
Cet épuisement des survivants est l’un des coûts humains les plus sous-estimés d’une restructuration mal conduite. Et ses effets se mesurent en absentéisme, en baisse de qualité, en turn-over différé, souvent 12 à 18 mois après la restructuration, quand le marché de l’emploi se rouvre.
Le coût de la mémoire organisationnelle perdue
Chaque départ emporte :
- Un savoir
- Des façons de faire
- Des relations clients construites au fil des années
- Des processus informels que personne n’a jamais documentés.
Des connaissances tacites sur le fonctionnement réel de l’organisation qui ne figurent dans aucune fiche de poste.
Une restructuration qui n’anticipe pas la transmission de ces savoirs crée des vides que les organisations mettent parfois des années à combler et ce coût, invisible dans les tableaux de bord, est pourtant l’un des plus lourds à porter sur le long terme.
Le coût des talents qui partent ensuite
Les premiers à partir après une restructuration mal conduite ne sont pas ceux qu’on attendait, pas les moins engagés, ce ne sont pas non plus, ceux qui étaient déjà sur le départ mais souvent les meilleurs éléments.
- Ceux qui ont le plus de valeur sur le marché
- Ceux qui ont encore l’énergie de prendre des risques
- Ceux qui ne sont pas prêts à accepter que l’organisation continue de fonctionner ainsi.
Ce turn-over différé est l’un des signes les plus clairs qu’une restructuration a été mal conduite. Malheureusement, il arrive toujours trop tard pour être rattrapé facilement.
Ce que ce coût dit de la responsabilité organisationnelle
Mesurer le coût humain d’une restructuration, c’est reconnaître que les personnes ne sont pas des variables d’ajustement.
C’est accepter que la façon dont on conduit une transformation dit quelque chose sur les valeurs réelles de l’organisation, pas les valeurs affichées mais les valeurs réelles.
- Sur ce qu’elle pense de ses membres.
- Sur la façon dont elle conçoit la relation entre performance et humanité.
Les organisations qui conduisent leurs restructurations avec soin et avec transparence, avec accompagnement, avec attention aux personnes, ne le font pas uniquement par altruisme. Elles le font parce qu’elles savent que le coût humain d’une restructuration mal conduite est, à terme, le coût le plus élevé de tous.
Le coût humain d’une restructuration mal conduite ne figure dans aucun tableau de bord. Pourtant, il se paie en confiance perdue, en épuisement, en talents qui partent et en mémoire organisationnelle détruite.
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